CEIAN 2010

La Vague verte

 

Initiative mondiale pour planter des arbres

Année Internationale de la Biodiversité 2010

HTML Document Chapitre I : Etat des lieux

L'état des lieux sur les connaissances pratiques traditionnelles des communautés locales.

Release date 27/03/2010
Contributor saidou doumbouya
Geographical coverage Guinea
Keywords Financement, stratégie, ressources, durabilité

Les enquêtes de terrain ont indexé quelques connaissances, innovations et pratiques des communautés locales appliquées dans divers domaines, comme l’agriculture, la pêche, la chasse, la santé, la foresterie, l’élevage, l’artisanat, etc.… Ces enquêtes ont été complétées par la revue des dispositions institutionnelles et juridiques relatives au savoir traditionnel.

1.1 - CONNAISSANCE TRADITIONNELLES DES COMMUNAUTES LOCALES

1.1.1 – Agriculture

Malgré l’existence par endroits de système stabilisés de production (plaine inondable ou bas-fond, tapades), la technique de culture dominante dans les zones visitées reste de type traditionnel extensif qui se traduit par l’abattage des arbres, la mise à feu et le labour.

Cependant de nombreux comportements et actions traditionnels favorables à la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique ont été notés dans la totalité des villages enquêtées.

Il s’agit notamment :

  • de l’interdiction de défrichement des têtes de sources, des galeries forestières, des flancs de montagnes, des cimetières et forêts sacrées .

  • du système de cultures associées légumineuses, céréales, fruitiers

  • du système de jachère enrichie aux légumineuses en pays Toma

  • de la fertilisation du sol dans les tapades et dans les jardins maraîchers par mulching, paillage et ou par apport de fumier en moyenne Guinée,.

  • de la protection des terres de coteaux contre l’érosion par l’utilisation des cordons pierreux suivant les courbes de niveau en Moyenne Guinée

  • de la culture en enclos par haies vives surtout en Moyenne Guinée

  • de formes diverses et nombreuses de conservation des récoltes et des semences locales, à travers le pays

  • des formes diverses et variées de transformation et de recettes culinaires des produits récoltés

  • du défrichement sélectif qui épargne les essences de valeur alimentaire, médicinale, industrielle, culturelle, artisanale ;

1.1.2 - Foresterie

- Les forêts sacrées

Elles se rencontrent en Basse Guinée et en Guinée Forestière, leur origine remonte à l’âge des communautés qui les ont consacrées. C'est peut-être pourquoi leur conservation est placée sous la responsabilité des chefs traditionnels. Les forêts sacrées ont l’avantage de conserver l’intégrité de l’écosystème et l’épanouissement de la diversité biologique.

Ce type de conservation traditionnel très pratiqué autrefois avait connu des périodes d’interdiction dans un passé récent. De nos jours ces interdits sont levés et la pratique tend à refaire surface.



- Les forêts communautaires protégées

Elles sont nombreuses et se rencontrent un peu partout dans les quatre régions naturelles. Elles concernent des bosquets et surfaces forestières présentant un certain intérêt communautaire qui sont déclarées protégées, sans acte officiel mais que chacun des membres des collectivités sociales respecte.

- Les forêts privées protégées

Au sein des collectivités villageoises il arrive de rencontrer des périmètres boisés privés placés sous la protection d’une famille ou d’un notable du village. Ces surfaces dénommées "Toghadé" au Foutah représentent une forme traditionnelle de protection efficace de la diversité biologique

1 .1.3 Elevage

Dans le système d’élevage traditionnel l'alimentation des animaux est exclusivement basée sur les pâturages naturels. Une technique particulière au Foutah Djallon dénommée "toupal" qui est une mixture à base de terre de termitière, de sel, de plantes sauvages et d'eau est donnée aux animaux, comme vermifuge et complément minéral à la fois. A côté de ses vertus médicinales et minérales, le "toupal" présente aussi des caractéristiques alimentaires spécifiques grâce à l'incorporation d'écorces et de feuilles de plantes galactogènes, riches en vitamines. Il est donné à l'animal 2 à 3 fois/an selon les localités, en début et fin des pluies.

Une autre technique traditionnelle relevée est l’intégration des activités agro-pastorales. Pendant la saison des pluies, les troupeaux restent sur leurs pâturages d'attache, l'herbe étant largement suffisante pour assurer la nourriture du bétail. Ce système a amorcé depuis longtemps une certaine forme d'intégration de l'agriculture et de l’élevage grâce à l’apport de la fumure qui contribue au maintien de la fertilité des sols.

En outre les éleveurs utilisent de nombreuses techniques traditionnelles pour la conduite des troupeaux telles la castration, les soins vétérinaires, le tatouage, les croisements, la sélection animale etc. 

1.1.4 – Pêche

Dans la communauté des pêcheurs il existe une structure coutumière de gestion des activités de pêche qui est le plus souvent intégrée dans la vie socio-économique des villageois. En général cette structure se rencontre partout en Guinée; mais essentiellement dans les villages riverains du Niger et de ses affluents. Cette forme de gestion vise aussi toute autre utilisation des plans d'eau.

La gestion traditionnelle représente la législation coutumière qui interdit l'accès aux ressources à n'importe qui et à n'importe quand. Seuls les somonos et bozos, pêcheurs de naissance, veillent à l'application de cette législation qui interdit la pêche pendant certains jours de la semaine notamment les samedis.

La législation coutumière délimite les lieux de pêche dans les rivières et les fleuves, fixe les périodes les plus propices pour les pêches collectives, définit les moyens de pêche à utiliser (barrages, filets et lignes, nasse, etc..) et précise les moyens prohibés tels l’utilisation de certaines plantes ichtyotoxiques.

Les mythes entourant l'exploitation de certaines mares considérées comme sacrées (Baro, Bérété, Cisséla, Gnèmin, Tèninfada et de Komola dans Kouroussa) constituent un moyen de conservation des ressources aquatiques.

Des journées de pêches collectives sont annuellement organisées au niveau de ces mares donnant l’occasion à des fêtes grandioses.

1.1.5 – Chasse

La gestion de la chasse traditionnelle s’est longtemps exprimée par la protection de certaines espèces d’animaux, l’initiation des chasseurs aux bonnes pratiques.

Dans certaines Régions comme la Haute Guinée, il existe des confréries de chasseurs au sein desquelles on observe un code d’éthique et déontologique favorable à la gestion des ressources fauniques comme l’interdiction de chasser au cours des trois premiers mois de l’hivernage correspondant généralement à la période de reproduction de plusieurs espèces animales.

En outre certaines traditions favorisent la protection d'animaux en considérant leur chasse et leur consommation comme un totem pour certaines familles. C’est ainsi qu'en Guinée certains noms de famille Bangoura, Keïta, Kalivogui, Camara... ont pour totem respectif les espèces animales suivantes: la panthère, le lion, le serpent, le moineau qui tombent sous leur protection.

1.1.6 - Artisanat

Les artisans traditionnels tirent leurs matières premières des espèces animales et végétales spécifiques qui revêtent de ce fait une importance particulière pour chacun des corps de métier.

Compte tenu de cette réalité, les communautés villageoises réservent un droit exclusif d’exploitation de ces espèces spécifiques aux artisans concernés. En retour chaque groupe d’artisans initie les siens aux bonnes pratiques d’exploitation de ces espèces. Ainsi par exemple, l’abattage du "téli" (Erytrophleum guineense) était réservée dans le Foutah théocratique, uniquement aux forgerons. De même les "Laobhés" avaient l’exclusivité de l’exploitation de "bantan" (Ceiba pentendra) etc..

Une telle organisation sociale limite considérablement la pression anthropique sur les ressources concernées et assure leur gestion durable.

1.1.7 – Guérisseurs traditionnels

Le métier de guérisseur traditionnel s’est toujours préoccupé de la protection de certaines espèces de végétaux et d’animaux, de l’initiation des siens aux bonnes pratiques.

Les guérisseurs pratiquent des techniques de récolte favorables à la conservation des espèces végétales, comme l'écorçage superficiel, la coupe partielle de racines etc. En outre, la plupart d’entre eux entretenaient autour des habitations des cultures de plantes médicinales parmi les plus sollicitées.

1.1.8 – Autres considérations sociales

- Valeurs socioculturelles :

Il existe une diversité de totems et d’interdits favorables à la protection des espèces animales, végétales et des écosystèmes.

Dans les communauté Kpèlè, Kisié, Loma, Manon et Kono après la naissance d’un enfant, le cordon ombilical est enterré avec un arbre fruitier qui devient son premier capital. Ceci est un moyen d’accroître le patrimoine végétal.

Certaines Plantes et quelques espèces animales sont utilisées pour remplir des fonctions sociologiques, culturelles et religieuses, ce qui leur donne un statut permettant d’éviter leur exploitation inconsidérée et leur extinction. Par exemple Anthocleista nobilis appelé en milieu Peulh «bonne mère » et en milieu Malinké «bois de l’orphelin» représente une espèce protégée à cause de son statut culturel.

Certains écosystèmes sont considérés comme sacrés. Leur exploitation (chasse, pêche) est de ce fait soit interdite, ou autorisée seulement à certaines périodes de l’année. Les mares de Baro et Koumana dans Kouroussa constituent à cet égard des illustrations très éloquentes.

Certaines pratiques dans les régions maritime et forestière de la Guinée permettent d’accroître le patrimoine végétal. Par exemple, il n’est pas rare qu’à la naissance d’un enfant son cordon ombilical soit enterré avec un jeune plant d’arbre fruitier (kolatier le plus souvent), cet arbre devenant le premier cadeau du nouveau né.

De telles coutumes concernent également les animaux. C'est ainsi qu'en guise de cadeau de mariage, il est souvent fait don d'une génisse à la jeune fille qui se marie.

- Savoir traditionnel en matière de partage équitable

Dans certaines communautés la récolte de certains fruitiers est soumise à une réglementation très rigoureuse pour favoriser l’accès à la récolte à toute la communauté. Ces formes de protection sont surtout fréquentes en haute et Moyenne Guinée et concerne principalement le néré (Parkia biglobasa), le Karité (Vittelaria paradoxa) et parfois le manguier (Mangifera indica)

1.2 – DISPOSITIONS INSTITUTIONNELLES ET JURIDIQUES

1.2.1 Cadre institutionnel

Plusieurs institutions sont plus ou moins concernées par les connaissances traditionnelles relatives à la gestion de la diversité biologique. Bien que leurs missions officielles ne reflètent pas clairement leur lien avec les connaissances traditionnelles, force est de reconnaître que chacune d’elle intègre implicitement la prise en compte du savoir traditionnel.

Ainsi par exemple, la collecte de cultivars, la promotion des cultures pérennes, l’amélioration de la capacité de production des paysans, les échanges d’expériences entre projets et populations, l’appui aux éleveurs et auxiliaires d’élevage en santé animale, la formation des communautés de pêcheurs en technologie de pêche, la formation et la sensibilisation des tradipraticiens et accoucheuses traditionnelles pour une gestion durable des plantes médicinales etc.., sont autant d’activités qu’il serait impossible de mener à bien sans la prise en compte du savoir traditionnel dans ses différents domaines.

Les présentes enquêtes ont touché les services suivants :

  • Antenne IRAG de Sérédou

  • Centre Forestier de N’zérékoré (CFZ)

  • Projet d’Appui à la Foresterie Communautaire et Privée (PAFCOP/N’zérékoré)

  • Direction Nationale de l’Elevage

  • Direction Nationale de la Pêche Maritime

  • Direction Nationale de la Pêche Continentale

  • Division Médecine traditionnelle

  • CERESCOR

  • Centre National des Sciences Halieutiques de Boussoura (CNSHB)

  • Centre National de Recherche et de vulgarisation des produits de la médecine

traditionnelle

  • Laboratoire des Composés Naturels (LACONA)

  • Projet de Recherche sur les Technologies Endogènes de Guinée (PERTlGUI)

  • Fondation Aboubacar Camara

1.2.2 - DISPOSITIONS JURIDIQUES

Plusieurs dispositions juridiques nationales sont consacrées ou intègrent les problèmes de conservation de la diversité biologique. Il s’agit essentiellement des codes suivants : Environnement, Forestier, Elevage, Pastoral, Faune et chasse, Santé.

Cependant, à la lecture de l’ensemble de ces dispositions légales, il apparaît clairement que presque aucune d’entre elles ne prend en compte expressément la savoir traditionnel en matière de conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique. Les rares exceptions que les enquêtes ont permis de noter sont des articles relatifs aux activités suivantes :

  • transhumance (Titre 4 du code l’élevage et titre 6 du Code pastoral),

  • feux de brousse contrôlés (article 82 du code forestier et article 16 du Code de l’environnement)

  • protection de la faune sauvage et de l’environnement (Titre 2 du Code de l’élevage)

  • la chasse de subsistance et organisation des chasseurs (chapitre 11 du code de protection de la faune sauvage et réglementation de la chasse)

  • droits d’usages pastoraux (article 77 du Code pastoral)

  • intégration agro-pastorale (article 81 du Code pastoral.